Book Review: Facteurs socio-éducatifs et la puissance douce du langage- Le déluge de l’anglais en Pologne et au Portugal. By Anna Odrowąż-Coates, Lexington Books, 2019. 198 pp.

Reviewed by Kamel Lahmar, PhD [1]

[1]  Senior Lecturer A, University Lamine Debbaghine of Sétif 2, Algeria

 

L’auteure (Anna Odrowąż-Coates) est une sociologue polonaise. Elle est professeure associée à l’Université de Varsovie et titulaire de la chaire UNESCO de pédagogie sociale. Elle est aussi membre du conseil exécutif du Conseil de recherche 25 «Langue et société» de l’Association Internationale de Sociologie.

Je trouve qu’il est important de révéler aussi que l’auteure de cette étude est née à l’époque du «rideau de fer», avec un fort héritage patriotique, mais qui a parcouru le monde et a bénéficié d’opportunités mondiales. Je trouve aussi que ce n’est pas une position neutre, mais profondément enracinée dans le sujet. Les similitudes et les différences dans la politique de la langue anglaise et ses résultats ont révélé un domaine prometteur de l’enquête interculturelle, c’est ce qui a proposé une visite d’affaires à l’Université Nova de Lisbonne et un certain nombre de discussions informelles avec des universitaires portugais qui a été conclue par ce travail.

Le présent ouvrage vise un certain genre de lecteur, il joue le jeu de l’interdisciplinarité et intéressera un large public en sciences sociales. Il n’est pas possible de signaler toutes les pistes développées; nous en retiendrons six, qui parcourent l’ouvrage dans son ensemble: arts du langage et disciplines, linguistique, sociolinguistique, sociologie, sciences sociales et théorie sociale. Toutefois, l’ouvrage cherche à promouvoir une approche ancrée dans les sciences sociales qui laisse une place centrale au travail empirique, privilégiant une approche de combinaison originale et critique dans un cadrage postcolonial. Mais il devrait vivement intéresser ceux et celles qui se battent pour que l’hégémonie de l’anglais cesse.

Ce livre de première édition porte bien son titre car il s’intéresse à la perspective des inégalités socio-éducatives est le cœur du livre. Elle est axée sur les questions de relations de pouvoir et en particulier de «soft power», dans un contexte socio-éducatif de croissance de la langue anglaise, dans les systèmes éducatifs, dans les familles en corporation et dans la vie des gens «ordinaires». Le titre est à la hauteur des attentes qu’il crée chez le lecteur. Si vous conservez le titre à l’esprit lors de la lecture du livre, l’auteure, persuade une lecture non seulement informative mais aussi cohérente et, surtout, agréable à lire. Anna Odrowąż-Coates s’interroge: Qui est inclus ou exclu en raison de la popularité de l’anglais dans les espaces publics de Varsovie et de Lisbonne et comment? La connaissance de l’anglais peut-elle être considérée comme un déterminant croissant des différences de classe? Qui est le principal bénéficiaire?

L’originalité du livre d’Anna Odrowąż-Coates est confirmée dans son contexte, pour de maintes raisons. Une de ses originalités consiste à contenir des données de recherche empiriques uniques en Pologne et au Portugal, cette démarche est soutenue par l’offre d’une approche non linguistique basée sur le néostructuralisme de l’acquisition du langage, axée sur le positionnement structurel et ses aspects de la façon dont la langue est utilisée pour employer l’idéologie. L’apport principal de cet ouvrage est en effet de nous faire entrer de façon très vivante et très précise dans le questionnement de la raison de la popularité de l’anglais dans les espaces publics de Varsovie et de Lisbonne.

L’un des aspects importants de ce livre consiste dans la capacité de capturer les représentations cachées du pouvoir et leur conditionnement socioculturel, qui repose sur l’élargissement et la redéfinition des discours du pouvoir symbolique, pour capturer des catégories stimulantes liées au langage en tant qu’outil de communication avec une catégorie révisée de stratification sociale. Un autre intérêt de cet ouvrage se situe dans les différents niveaux de l’analyse sui permettent d’abord de questionner des hypothèses habituellement considérées, dans le cadre de la théorie standard, comme évidentes ou allant de soi.

On doit aussi à cet ouvrage le mérite d’aborder avec pertinence et qualité les questions fondamentales qui traversent actuellement le domaine de la sociolinguistique. Ce livre rend compte très justement des conséquences de l’uniformisation du modèle linguistique, représenté par l’anglais, qui est ici dénoncée. Cet ouvrage propose une réflexion fondamentale et nécessaire sur les limites de la théorie libérale dans ce domaine. Les premiers chapitres de l’ouvrage sont certainement les plus convaincants. À ce titre, le livre est particulièrement stimulant.

L’objectif principal présenté dans cet ouvrage est d’identifier et d’exposer les mécanismes multidirectionnels responsables du langage en cours d’évolution des espaces publics en Pologne et au Portugal. Dans une vision équilibrée, l’auteure reconnait les aspects habilitants de l’acquisition de la langue anglaise ainsi que les aspects défavorables. L’un des principaux objectifs de l’étude était d’identifier les principaux bénéficiaires de l’utilisation répandue de l’anglais à travers l’Europe. De plus, l’auteure visait à distinguer les aspects habilitants des aspects déresponsabilisants de ce changement de langage en même temps avec les moyens de reproduction du positionnement du langage, suivi des critères d’auto-positionnement, dans le cadre du «soft power».

Le projet d’Anna Odrowąż-Coates est donc ambitieux car il propose de revisiter les diverses formes du changement de langage. Il s’agit donc de repenser ensemble l’identité personnelle et nationale. Les informations sont données dans une optique précise. La sociolinguistique est le cadre théorique sous-tendant de cette étude présentée dans le livre. Les trois piliers majeurs sur lesquels repose l’étude sont: la théorie du positionnement surtout, l’Habitus et le pouvoir de juger de Bourdieu, et enfin la «gouvernementalité» Foucaldienne, le tout combiné dans la notion de pouvoir. Les idées principales que présente Anna Odrowąż-Coates dans son livre montrent que l’anglais, en tant que langue d’intégration européenne et de communication, est devenu un élément de statut social.

Dans les groupes sociaux privilégiés, sa position est passée d’une langue étrangère à une langue seconde, ce qui démontre un changement linguistique aux conséquences à long terme. ‘Facteurs socio-éducatifs et la puissance douce du langage’ examine de manière critique les implications culturelles et individuelles de ce phénomène dans le contexte d’une étude de terrain en Pologne et au Portugal.

L’auteure utilise l’ethnographie institutionnelle avec une combinaison de constructions théoriques, y compris la puissance douce «soft power» et la «théorie du positionnement», pour examiner les preuves de l’anglais en tant que nouvel outil de stratification sociale et son effet sur les politiques linguistiques ainsi que la manière dont il affecte la vie des gens et leurs opportunités. L’argumentation de l’auteure est que pour les gens de la classe ouvrière et de la classe moyenne, la langue anglaise est devenue une condition préalable à l’inclusion sociale dans le monde de l’économie mondialisée et de la science mondialisée.

Les difficultés méthodologiques et techniques rencontrées au cours de la recherche sont décrites dans cet ouvrage pour assurer l’honnêteté scientifique et comme source d’informations complémentaires sur les questions culturelles et le processus de recherche. Tout en critiquant les dimensions néolibérale, néocoloniale et impérialiste de l’hégémonie de la langue anglaise, Odrowąż-Coates plaide pour une perspective sexospécifique de l’anglais comme langue d’opportunité, d’inclusion et d’autonomisation.

Elle se concentre sur les discours qui se révèlent être les produits et les créateurs des aspects matériels du langage. Utilisant un impératif éthique non seulement pour remettre en question, mais aussi pour participer aux structures de pouvoir existantes afin de changer la dynamique du pouvoir, Odrowąż-Coates soutient que les choix linguistiques ne sont pas nécessairement motivés individuellement mais sont plutôt institutionnels.

L’auteure avance que lors de la rédaction de son livre, plusieurs choses étonnantes se sont produites. Bien qu’elles représentent son expérience individuelle, elle voit qu’elle est convaincue que ceux-ci peuvent indiquer un phénomène répandu. La partie empirique de l’étude a consisté à tester l’hypothèse suivante: «La connaissance de la langue anglaise est devenue un facteur de production et de reproduction de la structure sociale», ainsi a parlé Bourdieu. L’ensemble des exemples montre la richesse de ce livre qui analyse avec beaucoup de précisions le fonctionnement des mécanismes cités et les difficultés à en décrypter les enjeux, y compris pour les acteurs qui en sont les principales parties prenantes.

Dans l’ensemble, le livre semble accessible et facile à lire, même pour les personnes qui ne sont pas familières avec les questions abordées dans le livre.

Le livre est organisé en petits chapitres interconnectés accompagnés de données empiriques. Les résultats de la recherche sont intégrés dans la pédagogie sociale, la sociologie de l’éducation et la sociolinguistique”. La lecture de ce livre nous apprend énormément.

Concernant la méthodologie, le fondement théorique présente une combinaison originale d’Althusser, Boudon, Bourdieu, Faircough, Foucault, Harre, Marschall et Nye, qui a postulé pour une méta-analyse, accompagnée d’un cadrage postcolonial et d’une riche combinaison d’approches critiques, y compris féministes. L’auteure mobilise pour cela le cadre théorique d’une sociologie des capacités.

Ce choix théorique est particulièrement adéquat pour le coté quantitatif. L’étude empirique est non linguistique mais une étude socio-éducative. Sa concentration principale est basée sur les perceptions personnelles de la langue anglaise dans la vie privée des participants à la recherche et dans l’espace public.

L’ouvrage est composé de deux parties composites qui présentent des enquêtes sous forme d’entretiens biographiques et de portraits sociologiques. Une enquête de terrain fournie tant systématique (en relevant notamment la composition des différentes participants) que qualitative avec plusieurs dizaines d’entretiens semi-directifs effectués avec des membres des différentes participants. À chaque fois, dans ces différentes arènes, l’auteure cherche à dépasser les conclusions générales pour nous montrer comment en pratique s’incarne cette influence et les limites qu’elle rencontre.

Les données empiriques proviennent de deux capitales de l’Union européenne (UE), Lisbonne (Portugal) et Varsovie (Pologne).

Les données ont été recueillies au moyen d’une enquête d’opinion quantitative auprès de 564 participants sélectionnés à dessein et de 54 entretiens qualitatifs, qui étaient des entretiens d’experts également classés comme des entretiens complets (de compréhension). Celles-ci étaient accompagnées d’observations auto-ethnographiques impliquant sept couples de nationalité mixte. Sous l’égide des institutions d’ethnographie, les données ont été rassemblées. Les données ont été complétées par une ethnographie visuelle pour établir des paysages linguistiques dans la ville de Lisbonne et la ville de Varsovie, parce que l’espace public a une représentation spatiale. Le processus de collecte des données a duré quinze mois en 2017 et 2018.

La comparaison des données statistiques est fournie en tableaux et figures systématiquement pour les deux pays.

Les cadrages statistiques, la présentation des contextes institutionnels, l’historique des principales mesures en faveur de la conciliation en font un ouvrage très complet sur ce thème. L’ouvrage est très structuré et agréable à la lecture, joue le jeu de la collection «Repères» en posant de façon intéressante l’état de la question linguistique. Sur la forme, soulignons que le livre est écrit dans un style clair et fluide. Dans une introduction, bienvenue pour faire tenir le tout ensemble, Anna Odrowąż-Coates s’arrête à l’importance des approches, de l’analyse et des résultats. Elle donne un aperçu du livre dans l’introduction, fournissant au lecteur un résumé qui facilite le lecteur dans un sujet complexe et multiforme. Comme les questions abordées dans le livre sont plutôt complexes et imbriquées, les aborder sous forme de livre profite au lecteur, ce dont l’auteure est parfaitement consciente.

L’introduction est alors utile à toute personne qui a une connaissance limitée du sujet dans la société et la langue. Comme l’indique déjà le titre du livre, l’introduction montre qu’il “contient nettement une évaluation à jour de la croissance de la langue anglaise et son hégémonie dans un contexte européen contemporain, le public accompagnateur, les discours individuels, et les implications sociales liées à cette tendance”.

Pour appréhender les ancrages, l’auteure propose d’abord le recours à quelques définitions de base relatives aux langues qui prévalent dans le texte, à savoir: langue native, langue maternelle, première langue naturelle que la personne parle (L1), deuxième langue (SL) ou (L2), langue étrangère (FL) , langue cible (TL), anglais traité comme langue étrangère (EFL), anglais comme deuxième langue (ESL), anglais comme lingua franca (ELF), enseignement de l’anglais comme langue étrangère (TEFL) et enseignement de l’anglais comme deuxième langue ( TESL).

Le style de l’auteure s’accorde bien avec l’approche choisie, ce qui rend le livre plus accessible aux non-universitaires. L’ouvrage se décline alors en neufs chapitres que nous allons brièvement présenter.

Le 1er chapitre s’intéresse au «Positionnement linguistique en Pologne et au Portugal: languages in contact- historical influences and the language realm”

Anna Odrowąż-Coates, s’appuie pour cela sur le coté historique des deux pays, mais surtout celui de la Pologne. Elle considère qu’ils ont offert un abri à différentes confessions religieuses et dominations, pendant de longues périodes d’histoire, et cette politique a mis des personnes de nombreuses langues en contact direct et a attiré des colons internationaux.

Le 2ième chapitre de l’ouvrage se penche sur “…l’égide de l’ethnographie institutionnelle”

En général, ceux qui connaissent déjà la sociologie, le néolibéralisme et/ ou l’étude de Bourdieu peuvent sauter les chapitres, tandis que ceux qui ne connaissent pas ces questions théoriques feraient bien de passer par ces chapitres, sinon le reste du livre pourrait s’avérer difficile à suivre.

Le 3ième chapitre, plus bref et axé sur la “langue et les discours”

Il nous fait plus directement entrer dans le vif du sujet en nous plongeant plus directement dans le cœur de l’enquête. Anna Odrowąż-Coates y revient sur l’expérience des pays où les répondants sont les moins susceptibles de parler une langue étrangère; qui sont la Hongrie (65%), l’Italie (62%), le Royaume-Uni (61%), le Portugal (61%) et l’Irlande (60%). Les cinq langues étrangères les plus parlées au moment de l’enquête de 2011 étaient l’anglais en tête avec (38%), puis le français (12%), l’allemand (11%), l’espagnol (7%) et le russe (5%). (p. 41). Le sujet est obligé à acquérir une conscience critique, alors il est indispensable de participer au discours responsable de la reproduction et de la transmission du pouvoir afin de dévoiler les mécanismes de la gouvernementalité. Le rejet de l’oppression systémique peut être exprimé par une solution révolutionnaire qui est le manque à la participation. Toutefois, une telle solution est une arme à double tranchant, qui peut conduire à un certain genre d’exclusion.

Le 4ième chapitre, tout comme les chapitres précédents 2, et 3, il couvre les “Luttes de pouvoir linguistiques”

Bien que familier avec ces sujets, j’ai trouvé que ces chapitres étaient bien formulés, élaborant de multiples concepts centraux, tels que le capital, l’habitus et la pratique, étant concis mais pas denses. Cela rend le livre accessible à quiconque s’intéresse aux questions relatives au genre, au néolibéralisme, à la distinction et au capital linguistique. C’est également dans cette partie du livre que Anna Odrowąż-Coates élabore son approche sur des sujets indiqués ultérieurement et son propre rôle vis-à-vis des participants à son étude. Il est louable que non seulement Anna Odrowąż-Coates mentionne son propre rôle dans le processus d’enquête qui met l’accent sur le rôle des participants, les laissant librement raconter leurs expériences plutôt que d’utiliser des extraits de leurs points de vue comme un simple assaisonnement, mais elle aborde également explicitement son rôle et les limites qui vont avec.

Le 5ième chapitre porte sur la “Hiérarchie des langues – Hiérarchie sociale”

De plus, elle prend soin d’expliquer que l’enquête ne cherche pas à promouvoir sans critique les points de vue des participants, car les récits sont considérés comme des actes d’auto-présentation, véridiques ou non, plutôt que comme les expériences des participants en eux-mêmes. Ce chapitre fourmille de résultats intéressants, parfois inattendus, dont on n’a pu donner ici qu’un aperçu très partiel.

 

Le 6ième chapitre vise le “Positionnement social et la diversification de classe”

La marque de l’ère néolibérale se voit quand les affaires dictent de nouvelles règles linguistiques. Alors, toutes les sphères de la vie, y compris les normes linguistiques sont impactée par les économies de marché. L’auteure précise que parmi 30 langues parlées, l’anglais est l’une des 11 langues nationales, parlée comme première, deuxième et étrangère. Mais, l’histoire de la langue anglaise en Afrique du Sud a divulgué la nature carnivore de l’anglais.

Le 7ième chapitre revient sur la question du “Tournant linguistique?”

Anna Odrowąż-Coates y montre que la langue est un marqueur cognitif, émotionnel, conscient et inconscient de nos points communs et de notre individualité. Cela montre sa composante importante de notre identité. Elle remarque que la langue anglaise évoque des émotions contradictoires, exprimant le désir, l’opportunité, posant une menace, et la destruction tout à la fois. Elle critique la complexité du phénomène anglais qui comprend la potentialité, l’impuissance et l’opportunité d’une part, et le pouvoir, le contrôle et la destruction d’autre part. Par conséquent, elle propose une approche critique nécessaire pour construire une nouvelle compréhension, de nouvelles formes d’opposition, de résistance et de changement. Celles-ci impliquent l’appropriation accompagnée par l’interaction bidirectionnelle avec l’identité personnelle et nationale. Dans l’autre sous-partie du chapitre «l’imaginaire Social», l’auteure dénonce la «militarisation» du langage. Les deux pays concernés ont connu un virage linguistique récent, en Portugal du français à l’anglais dans les années 80 et en Pologne du russe à l’anglais en 1990. Elle juge que l’histoire coloniale entre les pays n’a pas conduit à des relations postcoloniales, mais à des relations néocoloniales. Le Portugal a rejeté la colonisation et la Pologne étant été un pays colonisé par les Soviétiques a rejeté l’héritage culturel oriental et russe. Les deux pays ont connu des liens profonds avec les cultures anglophones. Dans les deux pays la langue était souvent considérée comme une arme pour combattre l’oppresseur.

Dans le 8ième chapitre l’auteure revient sur l’importance de la “Lutte sociale et les données empiriques”

Anna Odrowąż-Coates a commencé par affirmer que cette étude ne représente ni la sémiotique ni la linguistique fonctionnelle systématique (SFL); la diversification de l’usage de la langue dans différents groupes sociaux est son lien comme intérêt commun avec la sociolinguistique. Cette étude relève du parapluie sociolinguistique; en raison de la nature pluricentrique de la langue anglaise. Toutefois, de part son point de vue, ce parapluie devrait être plus étroitement lié à l’anthropologie linguistique, par souci d’éclairer comment une langue influence la vie sociale, mettant en considération que l’anglais est non pas une langue en danger d’extinction, mais c’est une langue qui rivalise avec d’autres langues, y participe et entre en compétition avec elles, et gagne progressivement l’hégémonie.

Enfin, le 9ième et dernier chapitre traite de la «Langue, aspects de genre et positionnement social”

Anna Odrowąż-Coates avance que la langue a une dimension sexospécifique et que l’avantage et l’autonomisation ne sont pas de simples processus à sens unique. En premier lieu, la violence symbolique, en termes de genre, est généralement associée à des moyens invisibles de domination sexuée à travers les rôles de genre, la stigmatisation et les stéréotypes. D’abord, le langage et les structures linguistiques peuvent être les moyens de la violence symbolique.

Puis, le concept de «gouvernementalité», comme pouvoir symbolique, en tant que reflet d’une influence sociale politique et idéologique écrasante, enrichit l’image des structures cachées des relations de genre. Enfin, l’aspect du genre dans la politique raciale et l’étude des mariages de la classe moyenne incarnent les relations de pouvoir entre les sexes qui sont souvent examinées par rapport au statut social, au niveau d’éducation et au pouvoir monétaire, et tous les autres facteurs.

Une approche féministe des relations de pouvoir conjugales est incarnée par le concept d’une relation d’exploitation unilatérale, qui, par le mariage, réduit l’action des femmes et la prospérité sur le marché du travail. Lorsqu’on pense au conjoint qui est le locuteur natif de l’anglais on trouve qu’il est traité comme un atout, comme un moyen de positionner le pouvoir au travail. L’auteure informe qu’une autre indication du langage et du pouvoir est perçue dans les cas des locuteurs natifs de l’anglais, car leurs épouses, occupant des postes prestigieux ou des postes plus élevés dans l’environnement de travail, estimaient que leurs maris soutenaient leur développement personnel – le développement de leurs compétences linguistiques – et renforçaient leurs compétences en anglais.

En conclusion, dans le résumé des résultats de la recherche, les conclusions avancées qui conduisent à spécifier au cas par cas l’influence réelle de l’anglais sont convaincantes car elles évitent les raccourcis trop souvent lus sur ces thématiques.

Pour conclure, nous avons tous des identités multiples et en lisant ce livre, je me suis surpris qu’il parlait à moi-même: je l’ai lu en tant qu’enseignant universitaire toujours à la recherche de meilleurs moyens de stimuler la motivation des étudiants intéressés par l’étude de la langue anglaise, pour rivaliser le français comme langue de colonisateur de l’Algérie.

Un beau débat est ainsi ouvert ou ré-ouvert, et c’est une bonne nouvelle. Lorsque le statut des individus passe des utilisateurs FL à SL, l’autonomisation vient du changement linguistique qui n’est pas un outil innocent, mais il a un prix symbolique inconsciemment payé par les utilisateurs d’ESL par le biais de la gouvernementalité. Il a également exprimée par

La colonisation est une représentation visible du prix symbolique à travers la domination culturelle et technologique, avec un potentiel explicite pour imposer l’exclusion sociale et la subordination linguistiquement contrôlée.

Pour délégitimer l’influence réduite de la complicité dans la distribution du pouvoir linguistique, il faut être constamment, mal à l’aise, conscient de son propre privilège.

Les côtés sinistres de l’anglais en tant que L2 dans les mondes sociaux de Lisbonne et de Varsovie sont révélés par ce livre.

Au regard de l’ensemble des apports généraux, cet ouvrage présente une analyse très riche et très documentée. Si on regrette dans de pareils ouvrages une certaine absence de prise de risque théorique de la part des auteurs Anna a été claire et brève sans équivoque. Cet ouvrage constitue une invitation à relier différents champs des sciences humaines pour répondre aux enjeux actuels que pose la question de l’hégémonie de l’anglais. On saisit alors le défi immense que représente une pensée ouverte et pluridisciplinaire sur le sujet. Le lecteur trouvera un grand intérêt à le lire le matériau extrêmement riche qu’il rassemble et analyse de façon très convaincante et stimulante. Malgré le caractère académique simple de l’ouvrage, la conclusion est très douce.